(ou : de qui voulez-vous être, vraiment ?)
La vie sociale des loups est si chargée d’émotions, et de manières de les exprimer, que ceux qui vivent, travaillent ou observent les loups de près finissent, qu’ils le veuillent ou non, par entrer dans ce même registre : une expression émotionnelle plus directe, plus lisible, plus entière.
La joie des retrouvailles.
La douleur des séparations.
Le mécontentement clair face à la désobéissance ou à la protection d’une ressource.
Tout est exprimé avec une intensité et une évidence telles qu’on pourrait presque donner des cours de théâtre au cœur d’une meute. Ces émotions sont indissociables de ce qui se vit ici et maintenant.
Vous n’avez jamais vu un loup “faire semblant” d’être heureux de vous voir. Moi non plus.
Le poker face ne tient pas face à un loup
On ne peut pas garder un poker face devant un loup. Il finit toujours par faire quelque chose qui vous ramène à la vérité : il vous provoque, vous teste, vous met face à vos émotions réelles.
Ce n’est pas de la cruauté. C’est que, pour lui, la clarté émotionnelle compte. Il a besoin de savoir à qui il a affaire. Dans le vivant, l’ambiguïté est coûteuse.
Depuis que je suis proche des loups, je tolère physiquement de moins en moins les gens qui “ne laissent rien passer”, ceux dont le visage reste lisse quelles que soient les circonstances. Comme beaucoup de collègues. Ce n’est pas un jugement moral. C’est une conséquence.
Oui, les loups ne mentent pas — ce sont des animaux.
Mais nous aussi, au contact des loups, nous mentons moins.
C’est l’un des paradoxes majeurs de cette relation : elle nous rend plus entiers.
Une forme d’« anti-social therapy »
Avec les loups, on ne peut pas “jouer”. Il n’y a pas de relation viable sur le faux. S’il n’y a pas d’authenticité, il n’y a pas de connexion.
Les chiens peuvent parfois “composer” — nous les avons sélectionnés pour cela. Les loups, non : avec eux, c’est direct. Et, d’une certaine manière, c’est thérapeutique. Une thérapie un peu anti-sociale, oui : un retour aux fondamentaux.
On commence à valoriser son temps.
À protéger ses ressources.
À poser des limites plus nettes.
À clarifier ses priorités.
Pour que vivre ensemble redevienne possible — et confortable.
L’honnêteté intérieure : la décence envers soi
L’honnêteté intérieure, c’est une forme de décence envers soi-même. Un peu comme l’éthique serait une esthétique intérieure.
Et cela commence souvent par des questions très simples :
- Êtes-vous heureux(se) avec votre partenaire ?
- Aimez-vous votre travail ?
- Êtes-vous bien là où vous vivez ?
Ce sont des questions qui appellent “oui” ou “non”.
Le mensonge commence souvent au moment où l’on répond : « oui, mais… »
Mark Rowlands : quand le loup reconfigure votre vie
Le philosophe Mark Rowlands, dans Le Philosophe et le Loup (à propos de son loup Brenin), écrit en substance que vivre avec un loup vous prend — et vous transforme — à un degré incomparable avec un chien. Et que, peu à peu, la vie sociale “humaine” peut devenir moins centrale.
Pourquoi ? Parce que, quand on a le choix entre boire l’eau du robinet ou l’eau d’une source, on finit par choisir la source. Une eau claire. Sans additifs. Sans mélange.
Les loups, en ce sens, sont une source.
Rowlands va plus loin : il suggère que nos chiens réveillent quelque chose de très ancien en nous — une part plus vieille que notre “part primate”. Une part qui comprend que le bonheur ne se calcule pas, que les relations essentielles ne se construisent pas sur un contrat, et que la loyauté est un principe supérieur à nos petits arrangements.
Une fois qu’on a regardé le monde depuis ce point de vue… il devient difficile de revenir à une vision uniquement utilitaire des relations.
Vous avez le choix
Là est le point : vous avez le choix.
Vous pouvez continuer à vivre dans le “poker face”, les demi-vérités, les “oui, mais”, les arrangements.
Ou vous pouvez tenter autre chose : une vie plus cohérente, plus lisible, plus alignée.
Mais une fois qu’on a goûté à cette clarté, on ne revient pas vraiment en arrière.
Vous êtes prévenu(e).
I.A., 2020 — Wolf Project (coaching with wolves)
Image : Loups perchés dans un arbre, 1964, Musée Freud de Londres, Sergei Pankejeff (1886-1979) : aristocrate russe et « l’Homme-Loup » de Freud.
