N’oubliez jamais que le sentiment de contrôle est un impératif biologique : si votre coéquipier a l’impression de ne rien contrôler, il finira par chercher une autre meute.

La solution : déléguez.

Le sentiment de contrôle, c’est la capacité à modifier son environnement — physique et/ou social. Vous avez du contrôle quand vous savez que vos actions peuvent produire les changements dont vous avez besoin.

Exemple simple : vous dormez au soleil et vous savez que vous pouvez vous mettre à l’ombre si vous avez trop chaud. Autrement dit, vous pouvez augmenter votre confort par une action. Ce principe vaut aussi pour les besoins vitaux (faim, soif, sécurité) et pour les besoins sociaux.

Quand on perd le contrôle, le stress monte

Quand on perd le sentiment de contrôle — quel que soit le domaine — le stress apparaît. Si la situation dure, l’anxiété peut envahir tout l’espace mental. Et, à un certain niveau, toute action commence à “faire sens”, même si elle va à l’encontre de la logique, de l’éthique ou des droits d’autrui.

Quelques exemples (à différents degrés) :

  • acheter un billet de loterie dans un désespoir financier,

  • vouloir “rendre justice” soi-même,

  • vérifier le téléphone d’un conjoint, embaucher un détective,

  • exiger des rapports détaillés chaque jour en cherchant surtout les fautes,

  • multiplier des comportements de vérification (jusqu’à des formes obsessionnelles).

Même quand ils sont maladroits, ces actes ont un effet : ils réduisent l’anxiété en redonnant une sensation d’être acteur, plutôt que spectateur impuissant.

Captivité, stéréotypies et impossibilité d’agir

Pourquoi les animaux tolèrent-ils si mal les petits espaces homogènes ?
En partie par manque de stimulation — ce que montrent les stéréotypies observées en captivité (comportements répétitifs sans fonction apparente : marcher le long d’une clôture, nager en cercle, etc.).
Mais aussi parce qu’ils ont très peu de prise sur leur environnement… et donc sur les émotions associées.

Impuissance apprise : quand la passivité devient une protection

La passivité et le refus d’agir peuvent apparaître comme une dernière étape de la perte de contrôle. Les travaux de Seligman (expériences controversées, et aujourd’hui largement discutées sur le plan éthique) ont popularisé le concept d’impuissance apprise : un état qui survient après des tentatives répétées et infructueuses d’agir sur l’environnement ou d’y échapper.

Cet état se manifeste par :

  • la passivité,

  • la réticence à tenter de changer la situation,

  • parfois même l’incapacité à saisir une opportunité quand elle se présente.

Et chez nous, humains, on pose souvent un mot (“dépression”) qui, parfois, nous soulage — et peut aussi nous dispenser de nous interroger sur le rôle de l’environnement.

Liberté : une affaire de champ d’action

Dans cette perspective, la liberté n’est pas seulement une valeur abstraite.
C’est un besoin : ressentir qu’on peut agir pour améliorer sa condition.

Plus le champ d’action est large, plus le sentiment de contrôle est élevé : changer de partenaire, d’entreprise, de métier, de ville, de pays… Ce n’est pas le changement en soi qui apaise, c’est la sensation d’avoir le choix :
« Je reste si je veux. Je pars si je veux. »

Pourquoi on quitte une “meute”

Ce qui pousse un individu à chercher une autre meute, c’est souvent l’insatisfaction durable : ce qui mène à une démission, un divorce, une migration.
Le cycle est simple : stress → anxiété → désir d’action → action → changement d’état. Nous sommes faits ainsi.

Mais on peut agir autrement : en réduisant l’anxiété et en redonnant du contrôle, sans tout casser.

Comment aider quelqu’un qui perd le contrôle

Si vous voyez votre coéquipier faire des choses qui dépassent le bon sens, ou s’enfoncer dans la tristesse, vous pouvez tenter une chose très concrète : lui redonner un espace d’action.

Déléguez des actions réelles — idéalement celles qui l’intéressent : organiser les vacances, préparer et animer une réunion, gérer un budget, prendre en charge un sujet précis.

Oui, vous penserez peut-être : “Je le ferais mieux.”
C’est fréquent. Mais si vous voulez tester votre hypothèse, faites-le vraiment : déléguez, soutenez, puis observez si la crise diminue… ou pas.

Enseignez plutôt que corriger.
Déléguez plutôt que délaisser.

Pour approfondir, deux références très utiles (dirigeants comme parents) :

  • Don’t Shoot the Dog (Karen Pryor)

  • When Your Child Drives You Crazy (Eda J. LeShan)

Réduire l’anxiété : le plan B comme antidote

Un des meilleurs antidotes à l’anxiété, c’est un plan B — au moins un.

  • se former,

  • augmenter ses compétences,

  • apprendre une langue,

  • élargir son réseau,

  • chercher des personnes partageant les mêmes idées,

  • économiser, investir, sécuriser.

La forme physique aide aussi : sport, marche, alimentation, sommeil.
Et gardez une règle simple : trouvez un territoire où “chasser” — idées, livres, compétences, projets — quelque chose qui demande une recherche active et régulière.

Éliminez les dépendances.
Et, oui : riez. Le rire réduit l’anxiété. Norman Cousins l’a raconté avec force : parfois, il vaut mieux rire que s’anesthésier.

Le plan B augmente le sentiment de contrôle — donc diminue l’anxiété.
Et la recherche de solutions pertinentes devient plus simple : si vous devez “sauter du train”, autant choisir le bon endroit et le bon moment.

Wolf Project, 2020
Image : Jerry LoFaro (fineartamerica.com/profiles/jerry-lofaro)