Pour créer votre meute, choisissez d’abord des personnes qui partagent votre vision du monde.
N’oubliez pas que l’apparence et l’attirance perdent vite de leur importance quand vous vous retrouvez, ensemble, dans la même galère.
Qu’est-ce qu’une « vision du monde partagée » ?
Le bon sens nous dirait qu’il s’agit d’une proximité de regard sur la réalité — une manière commune d’interpréter les événements, de hiérarchiser les priorités, de décider sous pression.
Mais notre perception n’est jamais “pure”. Elle dépend de nombreux facteurs : sexe, histoire familiale, études, métier, et surtout événements marquants de la vie (notamment précoces).
Peut-on changer sa perception de la réalité ?
Oui. Et parfois très vite — surtout lorsque nous-mêmes, ou nos proches, sommes en danger.
De nombreux témoignages l’illustrent : après une maladie grave, certaines personnes commencent à apprécier des choses auxquelles elles étaient indifférentes — un coucher de soleil, le goût de l’eau, la beauté des fleurs sauvages… La perception de la réalité n’est donc pas constante. Elle peut se transformer, particulièrement lorsque l’angoisse de la mort — ou la conscience de sa possibilité — s’invite dans la vie.
Comment reconnaître ceux avec qui l’on peut traverser des océans ?
La question n’est pas seulement : “Est-ce que j’aime cette personne ?”
La question est : “Quel choix fera-t-elle quand une situation complexe se présentera ?”
On commence par observer le comportement. Chaque acte est un choix — et l’on peut tirer énormément de conclusions d’une personne, surtout si l’on s’intéresse aux scénarios qu’elle n’a pas choisis.
« Le chemin de vie est le chemin des alternatives rejetées ». Alexander Asmolov.
Mettons-nous un instant à la place d’un recruteur. Les questions clés en entretien sont souvent :
« Pourquoi avez-vous quitté votre dernier poste ? »
« Pourquoi avez-vous choisi notre entreprise ? »
On interroge ainsi les décisions passées.
Mais une autre question est tout aussi révélatrice : quelles alternatives ont été écartées — et pourquoi ?
C’est très instructif, et cela se repère vite, à condition d’apprendre à poser les bonnes questions. La logique est similaire dans les relations personnelles.
N’ayez pas peur de questionner, puis d’analyser les réponses. Car au fond, une seule chose compte : quel choix cette personne fera lorsque votre vie, vos intérêts, ou votre cause commune seront en jeu. Les déclarations du type « je n’ai jamais… » ou « j’ai toujours… » pèsent peu quand un vrai choix apparaît.
Une règle simple : si vous doutez de la sincérité, revenez toujours à la même question :
« Quelle alternative aviez-vous ? »
C’est souvent là que les valeurs deviennent visibles.
Le choix du loup : rester ou partir
Chez les loups, un choix crucial se présente tôt ou tard : rester dans la meute parentale ou partir.
Si ce choix n’est pas dicté par un manque de ressources, il est souvent lié à une impossibilité de se reproduire au sein du groupe. Le biologiste David L. Mech souligne que chaque jeune est un alpha potentiel.
Rester, c’est renoncer à certaines opportunités, accepter une forme d’obéissance aux parents, mais bénéficier en retour de la sécurité, de la nourriture, et des relations sociales. Partir, c’est accepter un risque élevé : la mortalité peut être importante et l’intégration à une autre meute n’est jamais garantie.
Après la dispersion, le loup ne peut compter que sur lui-même jusqu’à ce qu’il rencontre un partenaire fiable et fonde sa propre meute. Quitter son groupe, sa famille, son “nous” est donc un projet dont le résultat n’est pas garanti, et dont le chemin est exigeant.
Ce processus participe à la diversité génétique et, à l’échelle de l’espèce, à une sélection naturelle — au travers notamment de compétences d’adaptation, de prudence, d’endurance, et parfois de leadership. Rester dans la meute parentale en fait aussi partie, par la contribution au groupe et l’acceptation de renoncer à certains privilèges.
Quel que soit le choix du loup, il est cohérent — parce qu’il répond à une réalité donnée.
Ce que cela nous apprend sur nos “meutes” humaines
Les partenaires autonomes, rapides, intelligents et solides rencontrent plus souvent des partenaires qui leur ressemblent. Cela vaut aussi pour les collectifs humains.
Si vous voulez une équipe (ou un conjoint) forte et charismatique, cherchez des partenaires qui ont déjà fait des choix cohérents avec cette trajectoire — et analysez leurs décisions avant votre rencontre.
S’il y a une proximité de vision du monde, des valeurs fondamentales et des objectifs, vous augmentez vos chances de construire quelque chose qui tient.
Si vous cherchez surtout l’obéissance, vous attirerez plus facilement des personnes dont l’histoire est structurée par l’obéissance comme stratégie.
Mais “deux en un” n’existe pas. Ni en affaires, ni en famille.
Wolf Project, 2020
Image : artwork Joey Remmers (joeyremmers.com)