Un vieux Cherokee enseignait à son petit-fils une vérité sur la vie.
« Il y a un combat à l’intérieur de moi, dit-il. Un combat terrible entre deux loups. L’un est mauvais : il est colère, envie, chagrin, regret, avidité, arrogance, ressentiment, mensonge, orgueil, sentiment de supériorité, faux ego. L’autre est bon : il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, gentillesse, bienveillance, empathie, vérité, compassion, foi. »
« Ce même combat a lieu en toi, dit-il. Et en chaque être humain. »
L’enfant réfléchit un moment, puis demanda : « Quel loup gagne ? »
Le vieil homme répondit : « Celui que tu nourris. »
Cette légende est née dans une tradition où la psyché n’était pas pensée comme une chose à corriger, mais comme un territoire à habiter, où le bien et le mal ne sont pas des états qu’on atteint une fois pour toutes, mais des forces qu’on alimente ou qu’on laisse s’éteindre, jour après jour, par des gestes minuscules et répétés.
Collectivement, elle répond à une question que toute communauté humaine doit affronter : comment transmettre, sans moralisme écrasant, que chacun porte en lui les deux possibilités : la cruauté et la bonté, la destruction et la création, et que ni l’une ni l’autre n’est jamais définitivement gagnée ?
Individuellement, elle déplace une question qu’on pose souvent mal. On se demande « suis-je quelqu’un de bien ou de mauvais », comme s’il s’agissait d’une identité fixe à découvrir. La légende dit autre chose : la question n’est pas celle-là. La question est de savoir ce qu’on nourrit, aujourd’hui, par ses choix les plus ordinaires.
Dans les organisations, cette nourriture quotidienne prend des formes très concrètes : le ton qu’on choisit dans un mail tendu, la façon dont on commente une erreur, ce qu’on laisse dire sans réagir, ce qu’on célèbre publiquement et ce qu’on ignore. Aucun de ces gestes, pris isolément, ne semble déterminant. Mais répétés des centaines de fois, ils nourrissent l’un des deux loups : chez soi, et chez ceux qui nous regardent faire.
Le loup qui gagne n’est jamais le résultat d’un grand combat ponctuel.
C’est le résultat de tout ce qu’on a nourri, sans y penser, depuis le début.
